Breves de Guadeloupe

Aventures et photos aux Antilles

mercredi 5 septembre 2007

Pandore et Prométhée (1)

pandore_et_promethee

PANDORE 

Oh ! ma pauvre Mira !…

PROMÉTHÉE

Que lui est-il arrivé ?…

PANDORE 

Sentiments inexprimables !… Je l’ai vue aller au bocage, où si souvent nous cueillons des fleurs pour nos couronnes. Je la suivais, hélas ! et, comme je descendais de la colline, je l’ai vue, dans la vallée, étendue sur le gazon. Heureusement, Arbar s’est trouvé dans le bois. Il l’a tenue ferme dans ses bras ; il ne voulait pas la laisser tomber, hélas ! et il est tombé avec elle. Sa belle tête s’est renversée ; il l’a baisée mille fois et s’est attaché à ses lèvres, pour lui souffler son haleine. J’étais alarmée, je suis accourue et j’ai crié. Mes cris ont ranimé ses sens. Arbar l’a quittée ; elle s’est levée soudain, hélas ! et, avec des yeux presque éteints, elle s’est jetée à mon cou. Son cœur battait, comme prêt à se briser ; ses joues brûlaient, sa bouche était de feu ; elle fondait en larmes. J’ai senti de nouveau ses genoux chanceler, et je l’ai soutenue, mon cher père, et ses baisers, son ardeur, ont répandu dans mes veines un sentiment si nouveau, si inconnu, que, troublée, émue, éplorée, j’ai quitté enfin Mira et le bois et la campagne… Je viens à toi, mon père ! Dis-moi ce que c’est qui l’a troublée et moi avec elle ?

PROMÉTHÉE

La mort !...

                                                  GOETHE

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Pandore et Prométhée (2)

Rubens___Promethee_enchaine

PROMÉTHÉE

Pandore, il est un moment qui accomplit tout ce que nous avons désiré, rêvé, espéré, redouté… C’est la mort !

PANDORE

La mort ?

PROMÉTHÉE

Lorsque, tout ébranlée dans la dernière profondeur de ton être, tu sens tout ce que la joie et la douleur t’ont jamais fait éprouver, ton cœur se gonfle dans l’orage, il veut se soulager par les larmes, et il accroît son ardeur, et en toi tout résonne, tout tremble et frémit et tous tes sens défaillissent ; et il te semble défaillir toi-même et tu succombes ; et autour de toi tout se plonge dans la nuit, et toi, dans le sentiment toujours plus vif de toi-même, tu embrasses un monde et tu meurs.

PANDORE, se jetant au cou de Prométhée.

Ô mon père, mourons !

PROMÉTHÉE 

Pas encore.

PANDORE

Et après la mort ?

PROMÉTHÉE 

Quand toutes choses… le désir et la joie et la douleur… se sont abîmées dans une orageuse jouissance, puis se sont apaisées et endormies dans la volupté… alors tu renais à la vie, tu renais avec toute la fraîcheur de la jeunesse, pour craindre, pour espérer, pour désirer encore.

                                                GOETHE

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mercredi 29 août 2007

Pour une amie

Une passerose, ou rose trémière, parcequ'un vrai cadeau c'est offrir ce qu'on aime.

Passerose_1

Merci, Espera de ta présence toujours fidèle,  discrète et efficace dans les moments difficiles, biz !

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lundi 27 août 2007

Que reste-t'il de nos amours ?

chez_nous__2_

Ce soir le vent qui frappe à ma porte
Me parle des amours mortes
Devant le feu qui s' éteint
Ce soir c'est une chanson d' automne
Dans la maison qui frissonne
Et je pense aux jours lointains

Que reste-t-il de nos amours
Que reste-t-il de ces beaux jours
Une photo, vieille photo
De ma jeunesse
Que reste-t-il des billets doux
Des mois d' avril, des rendez-vous
Un souvenir qui me poursuit
Sans cesse
       
Bonheur fané, cheveux au vent
Baisers volés, rêves mouvants
Que reste-t-il de tout cela
Dites-le-moi
       
Un petit village, un vieux clocher
Un paysage si bien caché
Et dans un nuage le cher visage
De mon passé

Les mots les mots tendres qu'on murmure
Les caresses les plus pures
Les serments au fond des bois
Les fleurs qu'on retrouve dans un livre
Dont le parfum vous enivre
Se sont envolés pourquoi?

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jeudi 24 mai 2007

Mon doux chagrin

adolescent_2

Je ne veux rien savoir
          Rien écouter et rien entendre
          J'élude le blanc et le noir
          Et j'ignore le vert le plus tendre
          Je ne veux ce soir rien comprendre
          Mais te voir te boire et te prendre
       

Je te prendrai comme un bateau prend la mer
          Je briserai les vagues
          Je te prendrai comme un oiseau fend l'air
          Je te prendrai comme on plante une dague
          Je te prendrai
          Comme un clochard arrache la monnaie au
          fond de sa sébile
          Et comme mille avions bombardant une ville
          Je te prendrai comme on puise à la source
          Et comme le voleur dans le sang prend la bourse
       

Je te prendrai
          Comme le jour qui balbutie
          entrouvre à demi la paupiére
          Comme un moine dans sa priére
          Comme un voyou lançant sa pierre
          Je te prendrai commc on pend la sorcière
          Je te prendrai comme on peindrait sa mére
       

Je te prendrai dans le coeur de ma main
          Comme un enfant comptant ses billes
          Ou peut-être au creux d'un chemin
          Comme un garçon et unc fille
          Dans les senteurs du romarin
       

Je te prendrai mon doux chagrin

Jean-Pierre Rosnay,
          Comme un bateau prend la mer
       

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dimanche 13 mai 2007

Adolescentes

adolescent

Elles…

…ont déjà quitté le monde de l’enfance…
Qu’on ne se trompe pas, leurs visages
Encore poupins,
Leurs yeux trop fardés
Ont déjà vu bien des rivages.

Elles…

…regardent l’eau, s’amusent
De ses tourbillons et de ses reflets,
Oublient,
L’une aime, l’autre ne le sait pas encore
Les deux souffrent

Elles…

…de partances en errances
Immobiles, un instant se racontent
Cette route
Qui les verra arriver femmes
En ayant été si peu enfants

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mercredi 28 mars 2007

Dimensions

Un sourire, le long
D'un regard, de larges,
De larges étangs dans ses yeux
Si profonds
Que le temps,
Que s'y perd,
Le temps d'un regret
Toute éternité

iles_du_salut_1__25_

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lundi 26 mars 2007

Couleurs

plis

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samedi 10 mars 2007

Je voudrais pas crever

je_voudrais_pas_crever

Je voudrais pas crever Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu Avant d'avoir usé
Les chiens noirs du Mexique Sa bouche avec ma bouche
Qui dorment sans rêver Son corps avec mes mains
Les singes à cul nu Le reste avec mes yeux
Dévoreurs de tropiques J'en dis pas plus faut bien
Les araignées d'argent Rester révérencieux
Au nid truffé de bulles Je voudrais pas mourir
Je voudrais pas crever Sans qu'on ait inventé
Sans savoir si la lune Les roses éternelles
Sous son faux air de thune La journée de deux heures
A un coté pointu La mer à la montagne
Si le soleil est froid La montagne à la mer
Si les quatre saisons La fin de la douleur
Ne sont vraiment que quatre Les journaux en couleur
Sans avoir essayé Tous les enfants contents
De porter une robe Et tant de trucs encore
Sur les grands boulevards Qui dorment dans les crânes
Sans avoir regardé Des géniaux ingénieurs
Dans un regard d'égout Des jardiniers joviaux
Sans avoir mis mon zob Des soucieux socialistes
Dans des coinstots bizarres Des urbains urbanistes
Je voudrais pas finir Et des pensifs penseurs
Sans connaître la lèpre Tant de choses à voir
Ou les sept maladies A voir et à z-entendre
Qu'on attrape là-bas Tant de temps à attendre
Le bon ni le mauvais A chercher dans le noir
Ne me feraient de peine Et moi je vois la fin
Si si si je savais Qui grouille et qui s'amène
Que j'en aurai l'étrenne Avec sa gueule moche
Et il y a z aussi Et qui m'ouvre ses bras
Tout ce que je connais De grenouille bancroche
Tout ce que j'apprécie Je voudrais pas crever
Que je sais qui me plaît Non monsieur non madame
Le fond vert de la mer Avant d'avoir tâté
Où valsent les brins d'algues Le goût qui me tourmente
Sur le sable ondulé Le goût qu'est le plus fort
L'herbe grillée de juin Je voudrais pas crever
La terre qui craquelle Avant d'avoir goûté
L'odeur des conifères La saveur de la mort...
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula Boris Vian

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lundi 5 mars 2007

Le bateau ivre

voilier

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons

Arthur RIMBAUD

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